{"id":1965,"date":"2005-12-27T00:43:38","date_gmt":"2005-12-26T23:43:38","guid":{"rendered":"http:\/\/oe-dans-leau.fr\/ericdelcroix\/archives\/30"},"modified":"2005-12-27T00:43:38","modified_gmt":"2005-12-26T23:43:38","slug":"canaux-danvers-a-paris-sur-les-traces-de-stevenson","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/oe-dans-leau.fr\/ericdelcroix\/canaux-danvers-a-paris-sur-les-traces-de-stevenson\/","title":{"rendered":"Canaux d\u2019Anvers \u00e0 Paris sur les traces de Stevenson"},"content":{"rendered":"<p><i>les textes en italique sont ceux de Stevenson issus du livre canaux et rivi\u00e8res d&rsquo;Anvers \u00e0 Compi\u00e8gne dans la collection Itin\u00e9raires des \u00e9ditions Encre.<\/i><\/p>\n<p>Le premier livre racontant l&rsquo;un des nombreux voyages de l&rsquo;\u00c9cossais Robert Louis Stevenson est An Inland Voyage. Paru en 1878, il retrace son escapade sur les canaux et rivi\u00e8res de Belgique et de France, d&rsquo;Anvers \u00e0 Compi\u00e8gne, pr\u00e8s de Paris.<\/p>\n<p>Plus d&rsquo;un si\u00e8cle plus tard, nous suivons les traces de l\u2019auteur de l\u2019\u00cele au tr\u00e9sor, de Dr. Jekyll et Mister Hyde&#8230; et de son ami, Walter Simpson. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, ils emploient des cano\u00ebs \u00e0 voile : l&rsquo;Ar\u00e9thuse et la Cigarette. Les longs paragraphes de l&rsquo;ouvrage concernant les chalands, les anc\u00eatres de nos p\u00e9niches, nous d\u00e9cident \u00e0 employer ce moyen de transport.<\/p>\n<p><b>Le monde de la batellerie ou d&rsquo;Anvers \u00e0 Bruxelles<\/b><\/p>\n<p>Tandis que Stevenson mettait son bateau \u00e0 l&rsquo;eau, nous, nous recherchions une embarcation. Notre point commun, les docks d&rsquo;Anvers et l&rsquo;Escaut. Parmi les p\u00e9niches align\u00e9es sur trois rangs, nous ne voyons pas comment savoir si l&rsquo;un de ces bateliers d\u00e9cide de quitter le port&#8230; Notre seul espoir \u00e0 Anvers r\u00e9side dans la bourse de fret. Un syst\u00e8me archa\u00efque, mais \u00e9quitable, qui gouverne les op\u00e9rations. Sur des tableaux noirs, les diff\u00e9rentes destinations, tonnages, le type de cargaisons et les conditions aff\u00e9rentes aux transports sont inscrits. La cinquantaine de bateliers pr\u00e9sents peut d\u00e9cider librement ou non de charger la marchandise. C&rsquo;est \u00e0 ce moment qu&rsquo;intervient le tour de r\u00f4le. Le batelier qui est depuis le plus longtemps dans le port choisit, puis dans un ordre d\u00e9gressif jusqu&rsquo;\u00e0 celui qui vient d&rsquo;arriver en dernier&#8230; Parfois, pour des raisons diverses, telle l&rsquo;inadaptation du chargement \u00e0 la p\u00e9niche, les bateaux resteront \u00e0 quai une semaine, quinze jours, voire davantage&#8230; Encore faut-il qu&rsquo;il y ait suffisamment de fret \u00e0 transporter&#8230; \u00c0 la s\u00e9ance de 3 heures (une autre s\u00e9ance a lieu le matin vers 11 heures), seuls deux chargements ont pour destination l&rsquo;int\u00e9rieur de la Belgique, deux autres les Pays-Bas&#8230; Nous ne trouvons pas notre bonheur dans ces parcours, mais apprenons un peu plus \u00e0 conna\u00eetre les p\u00e9niches et les bateliers&#8230;<\/p>\n<p>Afin de ne pas attendre une \u00e9ternit\u00e9, nous d\u00e9cidons de suivre le cours de l&rsquo;Escaut puis du Rupel jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre Boom, \u00ab<i>une grande \u00e9glise avec une horloge et un pont de bois par-dessus la rivi\u00e8re indiquant les quartiers centraux de la ville. Boom n&rsquo;a rien de remarquable en soi&#8230;<\/i>\u00bb.<br \/>\nDe l\u00e0, nous nous rendons \u00e0 l&rsquo;\u00e9cluse suivante, la seconde du parcours, afin de demander aux b\u00e2timents qui se dirigent vers Bruxelles de nous prendre \u00e0 bord. L&rsquo;attente est longue, d\u00e9sesp\u00e9rante&#8230; Ce n&rsquo;est plus la route habituelle des transports \u00e0 destination de la France. Le trac\u00e9 diff\u00e8re. Depuis Anvers, les bateliers prennent la direction de Gand, puis continuent leur voyage plus au nord que notre chemin, qu&rsquo;ils rejoignent \u00e0 proximit\u00e9 de Compi\u00e8gne. Ce choix est d\u00fb \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la capacit\u00e9 des canaux, par les tonnages accept\u00e9s.<br \/>\nPr\u00e8s de cette \u00e9cluse, sur le canal de Willebr\u0153ck, un caf\u00e9 o\u00f9 il est possible de d\u00eener&#8230; Le plat unique, un bifteck de cheval, est excellent. Nous nous opposons en faux par rapport au d\u00eener de Stevenson \u00e0 Boom, m\u00eame si tout le long de nos journ\u00e9es nous nous abreuvons de caf\u00e9, syst\u00e9matiquement accompagn\u00e9 d&rsquo;un petit g\u00e2teau sec, un sp\u00e9culoos et ou d&rsquo;un chocolat. <i>La nourriture, comme il est fr\u00e9quent en Belgique, \u00e9tait parfois impossible \u00e0 d\u00e9finir ; en effet, je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 en situation de constater que ces gens accorts font ce qu&rsquo;on peut appeler un repas ; ils ont l&rsquo;air de pignocher et de s&rsquo;amuser avec des mets tout le long du jour, en amateurs, essayant de singer la mani\u00e8re fran\u00e7aise ou d&rsquo;imiter la mani\u00e8re allemande, mais pour se tenir entre l&rsquo;une et l&rsquo;autre.<\/i><\/p>\n<p>Dans cette \u00e9cluse, nous embarquons \u00e0 bord du Con Dios, un b\u00e2timent belge, rattach\u00e9 au port d&rsquo;Anvers, de 110 m de long, qui transporte du charbon. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re, une voiture est d\u00e9pos\u00e9e sur le pont&#8230; Depuis le si\u00e8cle dernier, la famille du marinier, sa femme et leur petite fille de 4 ans dans le cas pr\u00e9sent, vit \u00e0 bord. Seul membre de la famille absent, le petit gar\u00e7on est retourn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, dans une \u00e9cole sp\u00e9ciale, r\u00e9serv\u00e9e aux enfants de bateliers.<br \/>\nLe plafond de la cabine n&rsquo;est pas haut \u00e0 cause des ponts et l&rsquo;on s&rsquo;y cogne facilement ! Pendant la majeure partie du trajet qui durera environ quatre heures, la femme n&rsquo;arr\u00eate pas de briquer le pont.<br \/>\nPareilles aux chalands de l&rsquo;\u00e9poque de notre auteur favori, les p\u00e9niches<i> s&rsquo;avancent lourdement&#8230; Par quel myst\u00e8re les marchandises arrivent-elles de ce train \u00e0 destination ? De voir les chalands attendre leur tour \u00e0 l&rsquo;\u00e9cluse, n&rsquo;est-ce pas une bonne le\u00e7on quant \u00e0 la mani\u00e8re dont il faut prendre commod\u00e9ment les choses ? Il doit y avoir bien des esprits heureux \u00e0 bord d&rsquo;un chaland, car la vie qu&rsquo;on y m\u00e8ne y est \u00e0 la fois celle du voyage et du foyer.<\/i><\/p>\n<p><i>Entre Willebr\u0153ck et Vilvorde, \u00e0 un endroit o\u00f9 le canal se d\u00e9ploie comme l&rsquo;avenue d&rsquo;un domaine campagnard<\/i>, nous ne d\u00e9barquons pas pour d\u00e9jeuner comme Stevenson. Jusque Vilvorde, les \u00e9cluses que mentionne Stevenson ont disparu. En revanche, nous avons sous les yeux <i>un beau, un vert et gras paysage, ou plut\u00f4t un simple chenal vert se prolongeant de village en village.<\/i><br \/>\nAu-del\u00e0 de Vilvorde, la surface du canal ne <i>se transforme<\/i> pas <i>en une infinit\u00e9 de petites fontaines de cristal<\/i>, sous la pluie. Adieu aussi <i>aux belles maisons de plaisance avec des cadrans d&rsquo;horloge et de longues lignes de fen\u00eatres aux volets clos, de magnifiques vieux arbres dispos\u00e9s soit en bosquet ou en avenue qui donnaient, \u00e0 travers la pluie et la brume commen\u00e7ante, un aspect de sombre richesse aux rives du canal.<br \/>\nLes bateaux serr\u00e9s les uns contre les autres, align\u00e9s le long du bord du bassin, attendant leur tour \u00e0 l&rsquo;\u00e9cluse \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;All\u00e9e Verte et au seuil de Bruxelles <\/i> ont disparu&#8230;<br \/>\nMalgr\u00e9 les difficult\u00e9s d&rsquo;accoster, Bruxelles, Le Royal Sport Nautique re\u00e7ut chaleureusement nos deux amis par le pass\u00e9&#8230; Cette v\u00e9n\u00e9rable institution semble avoir v\u00e9cu&#8230;<br \/>\nDe hauts murs nous guident \u00e0 travers Bruxelles pour arriver \u00e0 l&rsquo;\u00e9cluse de Molenbeek. Elle est proche de la gare du Midi et du centre de Bruxelles&#8230; C&rsquo;est de cette gare que Stevenson avait d\u00fb prendre le train pour traverser la fronti\u00e8re entre la Belgique et la France, pour arriver \u00e0 Maubeuge. L&rsquo;\u00e9tape qu&rsquo;il envisageait <i>entre Bruxelles et Charleroi comportait cinquante-cinq \u00e9cluses<\/i> ce qui \u00e9quivalait pour lui <i>\u00e0 parcourir p\u00e9niblement toute la distance \u00e0 pied, les cano\u00ebs sur les \u00e9paules<\/i>&#8230; Pour notre part nous effectuons un saut de puce jusque Charleroi.<\/p>\n<p><b>Sur le canal de la Sambre<\/b><\/p>\n<p>Nous atteignons la s\u00e9rie des petits canaux qui n&rsquo;ont pas boug\u00e9 depuis les \u00e9largissements pratiqu\u00e9s par Napol\u00e9on. Par exemple, en 1839 s&rsquo;ach\u00e8ve l&rsquo;extension du canal de la Sambre \u00e0 l&rsquo;Oise.<\/p>\n<p>Maubeuge est une ville fortifi\u00e9e. Les remparts de Vauban abritent maintenant un zoo, 2\u00e8me ou 3\u00e8me de France. D\u00e9tail amusant, Stevenson \u00e9crivait : \u00ab<i>Les troupes battent du tambour, sonnent de la trompette, garnissent les remparts, aussi intr\u00e9pides que des lions<\/i>\u00bb ! Mais il est toujours vrai qu&rsquo;ici, rien \u00e0 faire et rien \u00e0 voir, hormis le zoo pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, le tr\u00e9sor de Sainte-Aldegonde, et les Inattendues, une s\u00e9rie de spectacles au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, dans cette ville d\u00e9vast\u00e9e en mai 1940.<\/p>\n<p>Lors du d\u00e9part de Maubeuge, <i>la nature elle-m\u00eame n&rsquo;avait pas un air plus cl\u00e9ment que le ciel<\/i> (pour nous, le soleil est pr\u00e9sent). <i>En effet, nous avons travers\u00e9 une contr\u00e9e fl\u00e9trie, clairsem\u00e9e de broussailles, mais dont les chemin\u00e9es d&rsquo;usines rompaient \u00e9l\u00e9gamment la monotonie. <\/i>. En fait, de nos jours, le paysage reste le m\u00eame, mis \u00e0 part les usines m\u00e9tallurgiques et sid\u00e9rurgiques \u00e9teintes depuis peu qui nous laissent une r\u00e9gion sinistr\u00e9e \u00e9conomiquement. <i>L&rsquo;\u00e9cluse \u00e0 Hautmont \u00e9tait presque infranchissable, le d\u00e9barcad\u00e8re \u00e9tant escarp\u00e9 et \u00e9lev\u00e9. Apr\u00e8s Hautmont, nous sortons des forges et nous traversons une contr\u00e9e d\u00e9licieuse. La rivi\u00e8re serpentait entre des collines basses, aussi le soleil \u00e9tait tant\u00f4t derri\u00e8re, tant\u00f4t devant nous, et la rivi\u00e8re \u00e9talait devant nos yeux sa gloire, d&rsquo;un intol\u00e9rable \u00e9clat. Des prairies et des vergers s&rsquo;\u00e9tageaient sur chaque rive bord\u00e9e de joncs et de fleurs aquatiques. Les haies tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es s&rsquo;entrela\u00e7aient autour des troncs d&rsquo;ormes. ; et les champs, souvent tr\u00e8s petits, semblaient une succession de berceaux le long du canal. Jamais d&rsquo;ouverture d&rsquo;horizon, quelquefois le haut d&rsquo;une colline couronn\u00e9e d&rsquo;arbres apparaissait au-dessus d&rsquo;une haie proche coupant le ciel par moiti\u00e9 ; mais c&rsquo;\u00e9tait tout.<br \/>\nDes bestiaux blancs et noirs, \u00e9trangement tachet\u00e9s, erraient dans les prairies&#8230;<\/i><br \/>\nApr\u00e8s l&rsquo;\u00e9cluse de Quartes, (l&rsquo;\u00e9glise et le moulin \u00e0 vent n&rsquo;existent plus) nous atteignons Pont-sur-Sambre. <i>Une grand-route large bord\u00e9e \u00e0 droite et \u00e0 gauche, autant qu&rsquo;il \u00e9tait possible d&rsquo;en juger, par un village disgracieux. Les maisons se tenaient bien en arri\u00e8re, laissant un ruban inculte des deux c\u00f4t\u00e9s de la route o\u00f9 s&rsquo;entassaient des piles de bois, des voitures, des brouettes, des tas d&rsquo;ordures et un peu d&rsquo;herbe douteuse. Au loin, sur la droite, une tour squelettique s&rsquo;\u00e9rigeait au beau milieu de la rue. Ce qu&rsquo;elle avait pu \u00eatre dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, je l&rsquo;ignore. <\/i> Cette tour au centre du village poss\u00e8de toujours son myst\u00e8re&#8230; Et ce malgr\u00e9 de nombreuses recherches effectu\u00e9es sur ses origines, son utilit\u00e9 et sa date d&rsquo;\u00e9dification.<br \/>\nPeu apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Pont, <i>nous longeons la for\u00eat de Mormal, qui d\u00e9signe un site fort agr\u00e9able tant \u00e0 l&rsquo;odorat qu&rsquo;\u00e0 la vue. Les arbres, le long du canal, avaient un air solennel, laissant pendre quelques-unes de leurs branches dans l&rsquo;eau et dressant avec les autres un mur de feuillage vers le ciel. Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;une for\u00eat sinon une cit\u00e9 \u00e0 m\u00eame la nature, pleine d&rsquo;un ensemble vivant d&rsquo;\u00eatre robustes et inoffensifs, o\u00f9 n&rsquo;existe rien de mort ni d&rsquo;artificiel, mais dont les habitants eux-m\u00eames sont les maisons et les monuments publics ? Il n&rsquo;est rien d&rsquo;aussi anim\u00e9 et cependant d&rsquo;aussi tranquille que le monde des bois. Et s\u00fbrement, de tous les parfums de la terre, celui qu&rsquo;exhale une masse d&rsquo;arbres est de beaucoup le plus doux et le plus fortifiant. L&rsquo;odeur de la mer n&rsquo;est pas vari\u00e9e, tandis que celle des bois se renouvelle \u00e0 l&rsquo;infini ; elle change selon les heures du jour non seulement d&rsquo;intensit\u00e9, mais de caract\u00e8re, et si vous allez d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 de la for\u00eat \u00e0 l&rsquo;autre, les diverses essences semblent vivre dans une atmosph\u00e8re diff\u00e9rente. C&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement la r\u00e9sine des sapins qui domine. Certains arbres manifestent plus de coquetterie dans leurs habitudes ; et l&rsquo;haleine de la for\u00eat de Mormal, qui venait jusqu&rsquo;\u00e0 nous n&rsquo;exhalait rien de moins que la d\u00e9licate senteur de l&rsquo;\u00e9glantier.<\/p>\n<p>H\u00e9las ! La for\u00eat de Mormal n&rsquo;est qu&rsquo;une fraction d&rsquo;un bois et nous ne l&rsquo;avons long\u00e9e que sur un petit parcours.<\/i>. Pourtant, la for\u00eat de Mormal est le plus vaste massif forestier au nord de Paris ! C&rsquo;est ici aussi que se trouve la seule \u00e9cluse d&rsquo;Europe de l&rsquo;\u00e9poque du voyage de Stevenson : la machine \u00e0 Robert (dont la m\u00e9canique fonctionne toujours), situ\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cluse d&rsquo;Hachette.<br \/>\n<i>Landrecies, n&rsquo;est certes pas un endroit particuli\u00e8rement d\u00e9sign\u00e9 pour qu&rsquo;on y prenne un jour de repos. <\/i>. Les raisons sont diff\u00e9rentes entre celles du pass\u00e9 et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Dans le pass\u00e9, car la ville <i>\u00e9tait constitu\u00e9e presque tout enti\u00e8re que de fortifications<\/i> ; de nous jours, car rien n&rsquo;est pr\u00e9vu pour le tourisme. <i>Les seuls b\u00e2timents publics qui pussent pr\u00e9senter pour nous un int\u00e9r\u00eat quelconque \u00e9taient l&rsquo;h\u00f4tel et le caf\u00e9<\/i>. M\u00eame si le caf\u00e9 dans le lieu du m\u00eame nom est imbuvable&#8230; <i>Nous avons visit\u00e9 l&rsquo;\u00e9glise o\u00f9 repose la d\u00e9pouille du Mar\u00e9chal Clarke<\/i>. Personnage inconnu de Stevenson : Dupleix&#8230; est un enfant du pays ?<\/p>\n<p><b>Le canal de la Sambre \u00e0 l\u2019Oise et en descendant l&rsquo;Oise<\/b><\/p>\n<p>De Landrecies \u00e0 Etreux <i>nous avons suivi bient\u00f4t une plaisante vall\u00e9e remplie de peupliers. De-ci, de-l\u00e0 apparaissaient d&rsquo;agr\u00e9ables villages sur les pentes de la colline ; Tupigny, entre autres&#8230; L&rsquo;air \u00e9tait pur et doux au milieu de tous ces champs verts et de toute cette verdure. Pas la moindre pointe d&rsquo;automne dans l&rsquo;atmosph\u00e8re. De Vadencourt jusqu&rsquo;\u00e0 Origny Sainte-Beno\u00eete, la rivi\u00e8re sinuait dans une \u00e9troite vall\u00e9e tr\u00e8s bois\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans les collines apr\u00e8s Origny, la rivi\u00e8re fait un coude dans un scintillement et nous sommes rest\u00e9s seuls au milieu des arbres verts et de l&rsquo;eau courante. L&rsquo;Oise continuait son chemin, son petit bonhomme de chemin, chantant parmi les peupliers et creusant une verte vall\u00e9e dans le monde. Moy (prononcer moi) est un charmant petit village, rassembl\u00e9 autour d&rsquo;un ch\u00e2teau dans un foss\u00e9.<\/p>\n<p>La F\u00e8re est une ville fortifi\u00e9e dans une plaine avec deux ceintures de remparts. La ville \u00e9tait remplie de soldats&#8230; <\/i>. Apr\u00e8s la F\u00e8re, la rivi\u00e8re ne court plus \u00e0 travers <i>une contr\u00e9e pastorale de vaste \u00e9tendue, verte, opulente, aim\u00e9e des \u00e9leveurs<\/i>. Ce sont des villes aux noms qui \u00e9voquent l&rsquo;industrie : Tergnier, Chauny&#8230; Mais il est vrai que Stevenson avait suivi l&rsquo;Oise alors que nous suivons le Canal lat\u00e9ral de l&rsquo;Oise. Aussi, pas de Vall\u00e9e Dor\u00e9e pour nous. <i>Des collines s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent au loin sur chaque rive ; et d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la rivi\u00e8re longe parfois les \u00e9perons bois\u00e9s de Coucy et Saint-Gobain. De loin en loin, nous passions pr\u00e8s d&rsquo;un village.<br \/>\n<\/i>.<br \/>\nNoyon se situe \u00e0 <i>un mille de la rivi\u00e8re, dans une petite plaine entour\u00e9e de collines bois\u00e9es. Une longue cath\u00e9drale rigide flanqu\u00e9e de deux tours d&rsquo;un jet droit, se tient raide et solennelle, dominant tout&#8230;<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 nous avons quitt\u00e9 Noyon, il n &lsquo;y avait que des rives argileuses, que des saules jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous arr\u00eatames \u00e0 Pimprez. La rivi\u00e8re avait commenc\u00e9 \u00e0 nous ouvrir une meilleure perspective sur la campagne. Ses rives n&rsquo;\u00e9taient plus aussi hautes, les saules disparaissaient de ses bords, d&rsquo;agr\u00e9ables collines s&rsquo;\u00e9rigeaient tout le long de son cours et se profilaient sur le ciel.<br \/>\nNous avons \u00e9t\u00e9 rejoints par l&rsquo;Aisne, une rivi\u00e8re qui avait d\u00e9j\u00e0 beaucoup voyag\u00e9 et sortait toute fra\u00eeche de la Champagne. \u00c0 ce point pr\u00e9cis, l&rsquo;Oise termine son adolescence et c\u00e9l\u00e8bre ses noces. Elle ne cessait, d\u00e8s lors, de marcher superbement, au ras des rives, consciente de sa dignit\u00e9&#8230; Elle composait une figure tranquille dans le paysage. Les arbres et les villes se refl\u00e9taient en elle, comme dans un miroir. Nous atteignions Compi\u00e8gne.<br \/>\nDes gens fl\u00e2naient sur le quai, quelques-uns p\u00eachant. L&rsquo;h\u00f4tel de ville de Compi\u00e8gne faisait mes d\u00e9lices. J&rsquo;en raffolais tout \u00e0 fait. C&rsquo;est un monument d&rsquo;un gothique intemp\u00e9rant, un fouillis de tourelles et de gargouilles, tout en ciselures et en ornements, avec une demi-douzaine de fantaisies architecturales. Quelques-unes des niches sont couvertes de dorure ou peintes, et au centre, dans un grand panneau carr\u00e9, un haut-relief noir, sur fond or, figure Louis XII mont\u00e9 sur un cheval en marche, le poing sur la hanche, la t\u00eate rejet\u00e9e en arri\u00e8re. Toute sa personne respire une arrogance royale ; le pied dans l&rsquo;\u00e9trier se d\u00e9tache avec insolence du cadre ; le cheval lui-m\u00eame semble prendre plaisir \u00e0 fouler de ses sabots les serfs prostern\u00e9s ; on dirait que le souffle de la trompette gonfle ses naseaux. Ainsi chevauche \u00e0 jamais, sur la fa\u00e7ade de l&rsquo;h\u00f4tel de ville, le bon roi Louis XII, le p\u00e8re du peuple.<\/p>\n<p>Au-dessus de la t\u00eate du roi, dans la grande tour centrale, appara\u00eet le cadran d&rsquo;une horloge, et plus haut encore trois petits personnages m\u00e9caniques tenant chacun un marteau \u00e0 la main, dont l&rsquo;office est de carillonner aux heures, aux demies et aux quarts pour les bourgeois de Compi\u00e8gne. Le personnage du milieu porte une cuirasse dor\u00e9e, les deux autres des hauts-de-chausses, et tous les trois sont coiff\u00e9s de chapeaux \u00e9l\u00e9gants \u00e0 bords rabattus comme des chevaliers. Quand le quart approche, ils tournent la t\u00eate et se regardent avec un air entendu, et trois petits marteaux font \u00abding !\u00bb sur les trois petits timbres qui se trouvent au-dessous. L&rsquo;heure sonne ensuite profonde et sonore \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la tour, et les messieurs dor\u00e9s se reposent de leur travail avec satisfaction<br \/>\n<\/i>.<br \/>\nCompi\u00e8gne, la ville o\u00f9 Jeanne d&rsquo;Arc a \u00e9t\u00e9 faite prisonni\u00e8re, la ville o\u00f9 les rois de France venaient chasser&#8230; m\u00e9rite le d\u00e9tour ne serait-ce que pour son ch\u00e2teau.<\/p>\n<p>De Compi\u00e8gne, Stevenson gagne l&rsquo;Isle-Adam, Verberie, fi\u00e8re de ses vieilles maisons, Pr\u00e9cy sur Oise, <i>o\u00f9 la plaine abonde de boqueteaux de peupliers. Pendant les deux jours de navigation qui ont suivi, la rivi\u00e8re coulait paisiblement \u00e0 travers d&rsquo;agr\u00e9ables paysages<\/i>. Stevenson est pass\u00e9 par Auvers-sur-Oise, berceau de l&rsquo;Impressionnisme o\u00f9 ses contemporains : Daubigny, C\u00e9zanne, Van Gogh&#8230; vivaient, mais rien n&rsquo;indique qu&rsquo;il ait eu connaissance de leur existence dans ces lieux. Pour terminer notre voyage, nous irons quelques kilom\u00e8tres plus loin, jusqu&rsquo;\u00e0 Conflans-Sainte-Honorine, endroit o\u00f9 l&rsquo;Oise se jette dans la Seine, capitale de la batellerie, pour visiter le mus\u00e9e de la batellerie.<\/p>\n<p>Une lettre re\u00e7ue \u00e0 Pontoise mit fin au voyage de notre h\u00e9ros. Les derni\u00e8res pages du livre indiquent que le n\u00f4tre se termine aussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>les textes en italique sont ceux de Stevenson issus du livre canaux et rivi\u00e8res d&rsquo;Anvers \u00e0 Compi\u00e8gne dans la collection Itin\u00e9raires des \u00e9ditions Encre. Le premier livre racontant l&rsquo;un des nombreux voyages de l&rsquo;\u00c9cossais Robert Louis Stevenson est An Inland Voyage. 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